Les rues frémissent, litanies et drapeaux flottent dans les airs, partout les murmures se croisent, s’entremêlent, partagent un instant, avant de continuer leur chemin. Tous convergent vers le même lieu, pour s’arrêter là où tout n’est plus que silence, la Grotte de Massabielle. Têtes basses, robes d’ordres divers, chapelet glissant entre les doigts, lèvres entrouvertes d’où s’échappe une prière, les pèlerins respirent, espèrent et prient, d’où qu’ils viennent, dans la même communion. Ici une famille indienne aux tenues colorées prend un peu d’eau des sources, des jeunes filles japonaises sourient pour la photo devant la Basilique Notre-Dame-du-Rosaire, un Américain à l’air solitaire allume un cierge. L’humanité toute entière peuple Lourdes, les confessions différentes la font vibrer, la foi et l’espoir la font vivre.
AU RYTHME DU PELERIN
En suivant le flot continuel des pèlerins qui marchent jusqu’aux sanctuaires, dans la haute ville les chants résonnent sur les belles bâtisses bigourdanes au caractère inaltéré, avant ce triste constat : si Jésus chassa les marchands du Temple, personne ne vint déloger ceux de Lourdes. Rapidement après les apparitions de 1858, le potentiel économique que représentait l’afflux des pèlerins suscita la convoitise. Ils étaient déjà 8 000 à suivre Bernadette Soubirous lors des dernières apparitions de la Vierge Marie. Les propres descendants de sa famille ne manquèrent pas de créer les premiers hôtels, d’une cité devenue deuxième ville hôtelière de France après Paris. La rue ou le boulevard de la Grotte, les deux axes principaux pour accéder aux sanctuaires, affichent un visage commercial développé avec le tourisme religieux. On ne compte plus les Vierges à l’auréole clignotante, les hologrammes de Jésus sur sa croix…Comment, vous n’avez pas encore votre statuette-baromètre phosphorescente de Marie qui chante ?… Si Jésus jetât à terre l’argent des marchands, à Lourdes le commerce religieux risque de donner à la cité un air de temple… de la consommation pieuse.
Passées les devantures des vautours de la foi, l’arrivée aux sanctuaires est un bol d’air. Dans cet écrin, tous convergent vers la Grotte de Massabielle, dont la roche est polie par d’innombrables caresses nourries d’espoir. Le silence devant la Grotte est saisissant, la foi et l’espérance sont plus palpables que jamais. Croyants de toutes confessions ou athées, la force qui se dégage de ces prières silencieuses rappelle à l’homme son besoin naturel de croire, au divin ou à l’humain.
Le long du gave de Pau, observer le flot des pèlerins revient à passer un moment sur la cour des Miracles. Fauteuils roulants, lits médicalisés, personnel soignants et religieux se succèdent aux piscines, espérant une guérison après l’immersion dans ces baignoires de marbre contenant l’eau des sources. Un bureau des constatations étudie chaque cas de guérison, à ce jour 67 d’entre eux n’ayant pas été médicalement expliqués, l’Église les a déclarés « miraculeux ». Les premiers datent de 1862, peu de temps après les apparitions de la « Dame Blanche ».
L’ENFANT ET LA « DAME EN BLANC »
Lorsque l’on se tient au bord du gave de Pau, face à la Grotte, au pied des versants abrupts, l’endroit a beau être baigné délicieusement de soleil l’été lors des pèlerinages du 15 août, il faut se remémorer la scène en février, quand les eaux du gave, noires, grondent sous l’abondance des chutes de neige sur les sommets environnants. C’est par une journée glaciale d’hiver, en février 1858, que la fille d’un meunier, Bernadette Soubirous, se rendit vers la « tutte » aux cochons, une grotte où l’on menait ces bêtes pour les nourrir et y ramasser du bois. Levant la tête vers la Grotte, elle aperçut alors une dame, toute de blanc vêtue. L’enfant, âgée de 14 ans, d’une santé fragile, vivait à cette époque avec sa famille au lieu dit « Le Cachot ». Cette ancienne prison est un des sites touristiques les plus visités des Hautes-Pyrénées. Les traces de Bernadette sont très prisées des visiteurs, c’est le quotidien d’une famille lourdaise du XIXe siècle qu’elles révèlent. Du village de Bartrès chez sa nourrice, au moulin de Boly, on suit le témoignage d’une vie agricole précaire, marquée par les accidents et la maladie. Car Lourdes, bien que située sur la voie d’accès aux stations thermales en vogue, comme Cauterets ou Luz-Saint-Sauveur, resta à l’écart de la vague mondaine de curistes, et ne profita pas du développement lié au tourisme thermal. Pour découvrir la cité à cette époque, le passeport touristique Visa Lourdes permet, grâce à un itinéraire desservi par un petit train, de parcourir les différents musées mettant en scène la vie au XIXe siècle, tels que le musée de Lourdes pour revivre les apparitions et les remettre dans leur décor avec les costumes d’époques, le musée de Cire qui illustre la vie de Jésus et de Bernadette, ou encore le Petit Lourdes, et ses maquettes et miniatures de la cité, pour un voyage dans le temps garanti ! Et la remontée dans le temps ne s’arrête pas là : omniprésent sur la cité trône son témoin millénaire.
LA RUSE DU SARRASIN
Avant 1858 et l’épisode religieux qui lui donna ce visage mondialement connu aujourd’hui, Lourdes vécut quelques tourments. Depuis les sanctuaires, dos à la Basilique Notre-Dame-du-Rosaire, le regard est accroché par le château fort, qui trône fièrement sur son piédestal rocheux depuis des siècles. Ce vestige, vieux de plus de 1 000 ans, a vu bien des batailles et des enjeux à ses pieds, et se targue d’être invaincu. Sa position surélevée en fait un bastion de défense stratégique sur l’accès aux différentes vallées, et donc une place forte convoitée. C’est d’ailleurs un épisode légendaire qui eut lieu au château en 778, qui donna son nom à la ville, ainsi que son blason. Un Sarrasin avait pris possession du château sous le règne de Charlemagne. Ce dernier livra un siège afin de l’en déloger, mais un aigle tenant dans ses serres une énorme truite argentée vint à passer par là, et lâcha sa proie au-dessus du château. Le malin Sarrasin, bien qu’affamé, jeta avec nonchalance le précieux met par-dessus les remparts, provoquant stupeur et désarroi des troupes de Charlemagne, qui crurent, à tort, le siège loin d’aboutir. Ils levèrent le camp, et un évêque négocia le contrôle de la ville par le Sarrasin, en échange de sa reddition à la Vierge (elle semble avoir une connexion spéciale par ici !). Il prit alors le nom de « Louerda », qui signifie « la rose » en arabe. Aujourd’hui, la visite du château offre un point de vue exceptionnel sur la ville, les sanctuaires et les sommets, mais on y trouve également un jardin botanique et le musée Pyrénéen. Depuis 1921, les collections de ce musée illustrent la vie pyrénéenne sous tous ses aspects, avec d’importantes archives sur le Pyrénéisme, que son créateur Henri Béraldi, définit par « ascensionner, écrire, sentir ». Fort de ces connaissances, Lourdes se place en introduction au Pyrénéisme, pour peu que l’on sache où regarder, vers où se tourner, et savoir apprécier pleinement les instants que la vie pyrénéenne égrène, sur les pentes d’un versant, au creux d’une assiette, ou le long d’une vallée.
S’IMPREGNER DES GRANDS ESPACES
La qualité de vie pyrénéenne est une richesse, transmise de génération en génération, un véritable savoir-vivre. Si l’envie vous prend, au pied des montagnes, de vous élever, il existe d’autres moyens d’y parvenir que la voie de l’église ! Les sportifs apprécieront les balades et randonnées proches de Lourdes, comme le Pic du Jer, ascension incontournable qui offre aussi sur ses versants, de belles falaises d’escalade, ou de prometteuses descentes en VTT. L’occasion de bénéficier d’une vue sur Lourdes unique et pour le moins aérienne ! Les moins aventureux seront séduits par la montée sans effort, via le funiculaire centenaire. Dès 1900, Lourdes développe son potentiel touristique, et permet à ses visiteurs de monter à presque 1 000 mètres d’altitude afin d’observer un panorama allant du plus haut pic des Pyrénées françaises, le Vignemale, à la plaine de Pau, avec une vue exceptionnelle sur la cité. N’oubliez pas au sommet, de lever les yeux vers le ciel. A défaut d’y voir un signe, vous aurez peut-être plus de chances d’y apercevoir un rapace !
Car ici, la nature reste omniprésente. Toujours en quête de valorisation de son territoire, Lourdes a su préserver et mettre en avant son patrimoine naturel. Le lac, d’origine glaciaire, s’est formé par l’accumulation de l’eau lors du glissement d’un glacier, qui façonna les vallées et la « cuvette » où Lourdes prit place. D’aucuns prétendent cependant que ses origines ne seraient pas tant géologiques que « mythiques ». A la place du lac, il y avait un village à la population pervertie. Une intervention divine s’occupa de châtier les impétueux, qui furent engloutis par les eaux. Si l’on s’attarde un soir de novembre, au bord des eaux brumeuses, alors la cloche de l’église immergée résonnerait… Autour, la forêt de résineux promet de belles balades à pied ou en VTT, pêche ou golf sont aussi au programme, avec une aire de pique nique et de jeux pour les enfants, qui s’aventureront sur le lac en pédalo. Mais les aventures au grand air ouvrent l’appétit, et si la table doit se mériter, elle saura aussi largement récompenser vos efforts !
LA NATURE PASSE A TABLE
Si la Vierge Marie demanda à Bernadette de faire pénitence pour les pauvres, il serait fort regrettable durant votre séjour, de vous priver d’un des plus délicieux art de vivre pyrénéen ! Ici, la table est bien garnie, de produits locaux cuisinés selon un savoir-faire ancestral. Une soirée de printemps un peu fraîche, une après-midi d’automne sous la brise vivifiante, il n’en faut pas plus pour apprécier la garbure, cette soupe traditionnelle, parfois plat unique car tellement riche et complet ! Ne demandez pas ce qu’il y a dedans, la réponse ne sera jamais la même ! Car il y a de tout, des légumes du jardin bien sûr, et l’os du jambon pour apporter du goût. Certains ont même eu l’audace de prétendre qu’une bonne garbure, c’est celle où la cuillère tient debout dans l’assiette…Allez les croire, le mieux reste encore de la goûter ! Et le défilé des saveurs ne s’arrête pas là. Ici, cochon et volaille sont rois, terrines, pâtés, confits, jambons, et l’incontournable, l’empereur des rois, la majesté des seigneurs, qui doit impérativement trôner à votre table, j’ai nommé : le foie gras. Frais, mi-cuit, aux airelles, en rôti, l’éventail des possibilités n’a de limite que l’imagination, l’inventivité et la créativité de ceux qui sont aux fourneaux, autrement dit, aucune ! Un seigneur se juge aussi à sa cour, accompagné d’un verre de Madiran ou de l’élixir du bon roi Henri IV, le Jurançon. Si vous êtes rentrés bredouille de la pêche au lac, consolez-vous avec une belle truite Fario, fraichement sortie du Gave. Pour finir, après avoir apprécié le savoir-faire du fameux gâteau à la broche, cuit en versant la pâte sur un cône tout en tournant la broche au-dessus du feu, dégustez-le sachant que ce sont des heures de travail, venues de siècles de pratique. La tradition se perpétue, pour le plaisir toujours renouvelé des papilles !
LOURDES, PORTE DES PYRENEES
Alors si vous sentez le besoin d’aller dépenser des calories si délicieusement acquises, Lourdes est le point de départ vers les plus grands sites pyrénéens. À pied, en vélo, en roller, en famille, avec le chien ou la belle-mère, la voie verte est une piste de 17 kilomètres, ralliant Lourdes à Pierrefitte-Nestalas. Une belle balade le long de la vallée, pour découvrir ses villages, ses tours de guet qui se découpent, ou les oiseaux colorés qui occupent le ciel depuis l’aire de parapente du Hautacam. Un bon bol d’air agrémenté de découvertes. Si le soleil tape trop fort et que l’eau des gaves invite à la trempette, les propositions ne manquent pas pour se jeter à l’eau. Explorez les grands espaces dont jouissent les Hautes-Pyrénées, le Cirque de Gavarnie classé au patrimoine mondial de l’Unesco en tête. Cette muraille qui culmine à plus de 3 000 mètres vous laissera le souffle court, devant tant de grandeur. Passé Argelès-Gazost, les sites emblématiques se suivent et ne se ressemblent pas. La vallée de Barèges aboutit au mythique Col du Tourmalet, en basculant sur La Mongie, on atteint le point de départ du téléphérique pour le Pic du Midi de Bigorre. À 2877 mètres, embarquez dans le « Vaisseau des étoiles », l’observatoire scientifique qui a les pieds au sommet, la tête dans la galaxie. À Cauterets, les sources thermales diffusent leurs bienfaits ; comme Lamartine, Victor Hugo ou l’impératrice Eugénie, relaxez-vous dans les bains après une balade au Pont d’Espagne, dominé par le maître des lieux, le Vignemale, à 3 298 mètres. La beauté prend tout son sens, la nature est un art. À l’issue de ce séjour à Lourdes, se questionner sur un créateur n‘est pas ce qui importe le plus. Devant la magnificence de ces lieux, on peut certes s’interroger sur l’origine de ce don, mais nous devons surtout penser à la responsabilité qui nous en incombe. L’important n’est pas de savoir d’où vient ce cadeau, mais où il va.
Informations pratiques
- QUAND Y ALLER : D’avril à fin octobre. Le reste de l’année, les sanctuaires sont ouverts, mais la ville prend des allures fantômes. Mai et juin sont assez calmes, jusqu’au début de juillet. Août est chargé, avec un pic de fréquentation la semaine du 15. Septembre-octobre marquent de belles journées après la frénésie de l’été.
- DUREE : 2 à 3 jours. Une après-midi suffit pour découvrir les sanctuaires. Le château et les musées peuvent être vus en une journée. Prévoir plutôt une semaine pour découvrir les Grands Sites (Cauterets, Gavarnie et le Pic du Midi de Bigorre).
- BUDGET : Entre 200 et 400 € pour une famille, sur un séjour de 2-3 jours, selon la saison. Réservation conseillée un ou deux mois à l’avance, le mois de juin et début juillet restent assez calmes.
- PUBLIC : Culturel, destination aménagée pour les seniors, les personnes à mobilité réduite et autres handicaps.
- LES PLUS :
- L’émotion dégagée par la ferveur des croyants devant la Grotte.
- Un site religieux ouvert qui se mêle plutôt bien au paysage, entre montagnes et gave.
- Des espaces et un environnement valorisés, pour ceux qui veulent fuir un temps le tourisme religieux et profiter du cadre des Pyrénées.
- Un patrimoine culturel et naturel fort heureusement préservé.
- LES MOINS :
- Les boutiques de bondieuseries au goût et mœurs discutables. Le commerce de la foi connaît peu de limites et de scrupules !
- Une restauration ciblant de plus en plus le tourisme international, pizzerias et cuisine italienne en tête. Les tables locales n’en ont que plus de valeur !