On recense les premières manifestations d’une littérature chilienne dans les correspondances qu’entretenait Pedro de Valdivia avec son souverain Charles Quint en 1554. Mais l’œuvre la plus significative de l’époque est le poème épique La Araucana, écrit entre 1569 et 1589 par Alonso de Ercilla, et qui raconte l’héroïque résistance des Araucans (Mapuche) contre la domination espagnole.
La conquête est un thème qui inspira de nombreux écrivains chiliens tout au long des XVIIe et XVIIIe siècles. Au cours de cette période cependant, le Chili est presque encore terra incognita, et les perpétuels conflits qui opposent les colons aux indigènes ne favorisent pas l’éclosion d’une littérature influente. Tous les regards de la « bonne société » sont alors tournés vers Lima, où réside le vice-roi.
L’indépendance voit émerger une nouvelle littérature d’idées, inspirée des philosophes des Lumières et dont André Bello, d’origine vénézuélienne (et fondateur de l’université de Santiago), est le précurseur. Le Chili se développe alors rapidement, incitant les auteurs à réfléchir sur des problèmes spécifiquement nationaux.
Au milieu du XIXe siècle, on découvre le plus grand romancier chilien, Alberto Blest Gana, qui décrit, avec le talent d’un Balzac, les mœurs de la société chilienne, notamment dans Martin Rivas ou L’Arithmétique de l’amour. L’effervescence culturelle du pays après l’indépendance se reflète dans les ouvrages d’histoire des frères Amunategui et Barros Arana. A la fin du XIXe siècle, José Toibio Medina connaît une renommée latino-américaine. Francisco Encina, historien contemporain, en est le digne successeur en publiant, en 1940, une grande Histoire du Chili comptant près de deux dizaines de volumes.
La littérature contemporaine est également très riche : José Donoso, Prix national de littérature en 1990 et dont l’œuvre majeure est L’Obscène Oiseau de la nuit ; Manuel Rojas et son Fils de voleur, ou Jorge Edwards, Prix national de littérature en 1994 pour L’Amphitryon.
Cette littérature a même débordé le cadre national puisque trois de ces auteurs connaissent un succès mérité en France : Isabel Allende, avec des ouvrages comme Casa de los espiritus (La Maison des esprits) ou Les Contes d’Eva Luna ; le défunt Francisco Coloane (Terre de Feu, Cap Horn ou
El Guanaco) et Luis Sepúlveda dont le roman le plus célèbre est Le Vieux qui lisait des romans d’amour (à lire aussi Un nom de torero, Le Monde du bout du monde, ou encore Patagonia Express). Evoquons aussi l’écrivain du nord, de la pampa, Hernán Rivera Letelier.
Toutefois, le Chili excelle surtout dans le domaine de la poésie. Les poètes les plus connus sont Gabriela Mistral, Pablo Neruda, tous deux prix Nobel, respectivement en 1945 et 1971, mais aussi Vicente Huidobro, inventeur du créationnisme.
Gabriela Mistral dont la vie fut marquée par de nombreuses morts, nous livre une poésie tragique, teintée de références au passé indigène (mapuche), dont elle se réclame. La poésie foisonnante de Pablo Neruda a donné au monde l’un des plus beaux poèmes de l’histoire de l’Amérique latine, El Canto general, et ses Veinte Poemas de amor y una canción desesperada nous pèsent encore sur le cœur.
Au début du siècle, Vincente Huidrobo fréquenta les surréalistes à Paris et fonda le créationnisme, religion poétique non figurative où « el adjectivo si no da vida mata » (l’adjectif, s’il ne donne vie, tue). Son œuvre majeure est Altazor ou le voyage en parachute.
Plus tard, l’anti-poésie de Nicanor Parra explose dans le recueil Poesia y antipoesia, publié en 1954. Nicanor, le frère de Violeta, y rejette le rôle du poète comme grand pédagogue ou figure sublime et sentimentale pour écrire des textes d’une extrême ironie. Celle-ci provient autant de la désillusion politique que d’annonces publicitaires.
Théâtre
Les 300 ans de colonie espagnole n’auront laissé que peu de traces manifestes, le théâtre remplissant un rôle d’évangélisation et de pénétration culturelle.
L’indépendance marque l’entrée des pièces de théâtre françaises, italiennes et anglaises et la construction du premier théâtre couvert de Santiago, en 1820, sous le gouvernement de Bernardo O’Higgins. Les dramaturges nationaux adaptent aux personnages locaux les thèmes traités par les auteurs étrangers. C’est ainsi que naissent les figures mythiques – le huaso, l’immigrant et l’artisan – qui reflètent la société chilienne de la seconde moitié du XIXe siècle.
Le XXe siècle, avec la Première Guerre mondiale, met fin à cet échange culturel enrichissant mais forge les bases du théâtre chilien tel qu’il est connu aujourd’hui, avec la première compagnie nationale en 1917.
Avec l’arrivée au pouvoir, en 1938, du Front populaire, le théâtre chilien connaît un essor très important. C’est le début du théâtre des universités, avec la formation de deux compagnies de grande qualité, le Teatro Experimental de l’université du Chili et le Teatro de Ensayo de l’université catholique du Chili. Ces deux compagnies ont fait connaître à un large public de grands classiques du théâtre et des auteurs contemporains tels que Jean-Paul Sartre, Jean Anouilh, Jean Giraudoux, Pirandello, Arthur Miller, Eugène O’Neil, J.-B. Priestley, etc. Le théâtre universitaire chilien est devenu dans les années 1950 l’avant-garde du théâtre latino-américain. Son développement a été suivi par la formation de plusieurs compagnies privées, dont quelques-unes – c’est le cas du théâtre ICTUS – existent encore aujourd’hui.
Pendant les années 1970, le théâtre chilien est passé par une période de crise très grave et de décadence. A la fin des années 1980, le théâtre est devenu une forme très active et originale d’opposition au gouvernement militaire. Actuellement, on assiste à une renaissance de l’activité théâtrale au Chili où la production des auteurs nationaux est devenue importante. Parmi les noms les plus connus, on peut citer, entre autres, Egon Wolff, Jorge Diaz, Alejandro Sieveking et Marco Antonio de la Parra.
Aujourd’hui la scène théâtrale s’enrichit de nombreuses petites troupes (Cariatides) qui développent de nouvelles formes de mise en scène, plus proches de la rue.

